Il y a un détail dans sa biographie que la plupart des articles expédient en une ligne, et qui explique pourtant tout le reste : à partir de vingt-et-un ans, et pendant deux à trois ans selon les sources, Bernard Bilis a été croupier. Pas magicien de casino. Croupier. Il a distribué des cartes des heures durant, tous les soirs, devant des joueurs qui surveillaient ses mains parce qu'ils avaient de l'argent dessus, et sous les caméras d'une salle dont c'est le métier de repérer une main qui ment. Aucune école de magie ne fournit ça.
Qui est Bernard Bilis ?
Bernard Bilis est un magicien français né le 29 janvier 1955, spécialiste de la cartomagie et du close-up. Il a 71 ans. Fils du comédien Teddy Bilis, il grandit dans le milieu du spectacle mais arrive à la magie par un chemin de traverse, celui des tables de jeu. Le grand public le connaît pour ses vingt années de passages chez Patrick Sébastien ; la profession, elle, le connaît depuis bien plus longtemps, et pour d'autres raisons.
Huit ans, et la 1000e de « Gog et Magog »
L'entrée en magie se date précisément. D'après sa biographie officielle, son père, le comédien Teddy Bilis, joue alors dans Gog et Magog ; pour fêter la millième représentation de la pièce, il exécute quelques tours. Bernard a huit ans, et c'est terminé. Le fait mérite d'être relevé : ce n'est pas un magicien qui transmet à son fils, c'est un comédien qui, sans le vouloir, lui montre qu'un effet magique est d'abord une affaire de présentation.
Il se forme ensuite auprès de Georges Proust, puis va chercher ce qui manque là où ça se trouve : en Espagne et aux États-Unis, auprès des maîtres de l'époque. C'est aux États-Unis qu'il approfondit un domaine particulier, celui des techniques de triche aux jeux, au point d'en devenir l'un des rares spécialistes reconnus à l'échelle internationale.
Pourquoi la cartomagie est le sommet de la difficulté
Un mot sur la discipline, parce qu'on la sous-estime toujours. Faire disparaître une personne sur une scène de théâtre demande de la logistique, du budget et des angles de vue maîtrisés. Faire changer une carte à quinze centimètres de l'œil de quelqu'un ne demande que des mains — et c'est infiniment plus dur.
Il n'y a pas de distance pour protéger. Sur scène, dix mètres et un éclairage font la moitié du travail. En close-up, le spectateur est plus près de vos doigts que vous ne l'êtes de son visage.
Il n'y a pas de sens de lecture unique. Un plateau se regarde de face. Une table se regarde de partout, y compris d'au-dessus et de côté, et souvent par huit personnes en même temps.
Il n'y a pas de rideau. Pas de coulisse où charger, pas de noir pour réinitialiser. Tout se prépare dans le mouvement précédent, sous les yeux du public.
Et le matériel est nu. Un jeu de cartes se prête, se coupe, se retourne. Le spectateur peut le prendre. Il n'y a rien à cacher derrière un accessoire coûteux : il ne reste que la technique.
Deux ans de casino valent dix ans d'atelier
C'est ici que son parcours prend tout son sens. Un magicien apprend le faux mélange devant un miroir ; un croupier apprend le vrai mélange devant des gens qui ont un intérêt financier à le prendre en défaut. Les deux gestes se ressemblent, mais le second impose des contraintes que le premier ignore : la vitesse constante, la régularité, l'absence totale de crispation, la capacité à parler d'autre chose en même temps.
Cette économie du geste est exactement ce qui sépare un amateur avancé d'un professionnel. L'amateur exécute une technique difficile et ça se voit, parce que son corps se met au service de sa main. Le professionnel exécute la même technique et il ne se passe rien de visible : la main fait son travail pendant que le reste continue sa vie. Deux ans derrière une table de jeu apprennent ça mieux que n'importe quel exercice.
La filiation est d'ailleurs ancienne. La cartomagie moderne doit beaucoup à l'observation des tricheurs : c'est en étudiant leurs méthodes que Dai Vernon a bâti une partie de son répertoire, et le sujet reste un champ à part entière — j'y consacre d'ailleurs une page sur les techniques de triche au poker. Bilis, lui, n'a pas eu à aller observer : il était de l'autre côté de la table, du côté de la maison.
L'homme qui a exporté la magie française
Le fait le plus remarquable de sa carrière est éditorial, pas télévisuel. En 1978, à vingt-trois ans, il publie Close up French Style, puis French Pasteboards en 1980. Deux ouvrages parus en anglais, à destination d'un lectorat de magiciens anglo-saxons qui, à l'époque, considérait volontiers que la cartomagie sérieuse se faisait chez eux et en Espagne.
Le titre lui-même est un manifeste : French Style. Il ne se contente pas de publier des tours, il revendique l'existence d'une manière française. Pour situer l'audace, il faut se rappeler qu'à ce moment-là l'école espagnole s'apprête à imposer Juan Tamariz comme référence mondiale, et que l'école américaine tient la théorie depuis Vernon. Publier à vingt-trois ans, en anglais, sous ce titre, relevait d'un certain aplomb.
Il a poursuivi ce travail de transmission toute sa vie : La Magie pour les nuls en 2007, coécrit avec David Pogue, une série de six DVD intitulée La magie par les cartes, complétée par 100 % Bilis, Génération Bilis et La Magie par les pièces, et à partir de 2012 une école en ligne, Bilis Magic World. Peu de magiciens français ont autant écrit et filmé pour leurs pairs. La chronologie complète figure sur sa fiche Wikipédia.
Vingt ans de télévision sans jamais changer de format
Sa longévité à l'antenne mérite qu'on s'y arrête. Après sept passages dans Coucou c'est nous ! en 1993 puis Coucou ! avec Christophe Dechavanne en 1995, il devient artiste récurrent du Plus Grand Cabaret du monde de 1999 à 2019, selon la chronologie publiée sur son site officiel. Vingt ans dans une émission de prime time, avec un jeu de cartes. Il déclare, dans un entretien au CIPI, avoir mis au point plus de deux cents routines pour ses passages télévisés — c'est le vrai chiffre de la longévité : il faut du neuf à chaque fois.
C'est presque un défi technique en soi. La télévision aime le grand, le spectaculaire, ce qui se lit à l'écran en trois secondes : la lévitation, la disparition, la scène. Un tour de cartes, lui, se joue sur une surface de trente centimètres et demande au réalisateur un gros plan, donc une prise de risque. Tenir deux décennies dans ce cadre signifie qu'il a résolu un problème que beaucoup de cartomanes n'ont jamais résolu : rendre lisible à la caméra une magie conçue pour l'œil nu.
Il avait déjà pris ce virage en 1995 avec Bilisssimo, au Théâtre de Dix Heures : une heure et demie seul en scène, présentée comme la première comédie magique, où il interprète six personnages de sa propre famille. Il a aussi créé pour le Parc Astérix un spectacle mettant en scène un druide nommé Bilix aux côtés de Panoramix — la magie de proximité adaptée à un public de parc à thème, exercice autrement plus rude qu'un plateau. Là encore, le mouvement est le même : sortir la cartomagie du cercle des connaisseurs, où elle est admirée pour sa difficulté, et l'amener devant un public qui n'en a rien à faire, de la difficulté, et qui veut simplement passer un bon moment.
Ce qu'est vraiment l'« école française » de cartomagie
Le titre Close up French Style pose une question que peu de gens se sont posée : en quoi la cartomagie française serait-elle différente ? Il n'y a pas de réponse officielle, mais il y a des tendances que les praticiens reconnaissent.
L'école américaine, héritée de Dai Vernon, a construit une théorie : le naturel avant tout, le geste truqué doit ressembler exactement au geste honnête. L'école espagnole, portée par Juan Tamariz, a construit une dramaturgie : la construction du souvenir, la fausse piste, la théorie des faux départs. La française, elle, s'est plutôt distinguée par l'économie et la conversation — des tours courts, très propres, joués au milieu d'une discussion plutôt que dans un silence solennel.
Ce n'est pas un hasard. Le magicien français type ne travaille pas dans un club de magie devant des connaisseurs : il travaille en cocktail, entre deux plats, avec des gens debout qui tiennent un verre. Ce contexte impose ses règles : entrer vite, tenir deux minutes, laisser une trace, partir. Bilis a formalisé cette manière de faire à un moment où personne ne la considérait comme une école.
Trois choses qu'un cartomane travaille et que personne ne voit
Quand on regarde un bon numéro de cartes, on croit voir de la dextérité. On voit en réalité trois compétences dont aucune n'est manuelle.
Le rythme. Un tour a des temps forts et des temps morts, et les temps morts sont là exprès. C'est pendant qu'il ne se passe rien d'important que le travail se fait, parce que l'attention du spectateur se relâche naturellement dès qu'on lui signale qu'il peut souffler.
La mémoire du spectateur. Ce dont les gens se souviennent à la fin n'est presque jamais ce qui s'est passé. On reconstruit un souvenir plus net et plus impossible que la réalité : « j'ai mélangé moi-même », « il n'a jamais touché le jeu ». Un bon cartomane écrit ce souvenir à l'avance, en insistant à voix haute sur les conditions au moment où elles sont vraies.
La gestion du groupe. À une table de huit personnes, il y a toujours un sceptique déclaré, un enthousiaste et six spectateurs qui attendent de savoir lequel des deux suivre. Le métier consiste à donner au sceptique un rôle valorisant plutôt qu'à le neutraliser. C'est de la conduite de groupe, pas de la manipulation de cartes.
Vingt ans de plateau télé et deux décennies de tables sont la seule façon d'apprendre ça. C'est ce que je retrouve dans son parcours, et c'est ce qui sépare un technicien d'un artiste de close-up.
Le professeur : masterclass, pièces et concours
Le milieu lui a donné deux surnoms qui disent bien sa place : « le roi des cartomanes » et, plus révélateur encore, « l'Encyclopédie ». On n'appelle pas quelqu'un ainsi pour sa dextérité, mais pour ce qu'il sait et qu'il redistribue.
Sa carrière a d'ailleurs commencé par des concours de magie remportés, la voie classique pour se faire un nom auprès des pairs avant d'exister auprès du public. Et s'il est identifié aux cartes, son répertoire ne s'y limite pas : il a consacré tout un volume pédagogique à la magie des pièces, l'autre grande discipline du close-up, qui demande une gestuelle entièrement différente — la pièce se cache dans la main, la carte se cache derrière une autre carte.
Ses masterclass tournent autour de trois briques que tout praticien reconnaîtra : les empalmages, c'est-à-dire l'art de tenir une carte dans une main qui a l'air vide ; le Vernon transfer, un classique de la cartomagie hérité de Dai Vernon ; et les faux mélanges et fausses donnes, hérités en droite ligne des tables de jeu. Mais il insiste surtout, dans ses entretiens, sur autre chose que la technique : la manière de travailler un tour, de le comprendre, de le réviser. C'est ce qui sépare un spectacle rodé d'une suite de tours mis bout à bout.
Il s'implique aussi hors scène, comme ambassadeur de l'association caritative Magev. Un spectacle de magie coûte peu à produire et se déplace partout : c'est l'un des rares métiers où l'on peut donner son art sans rien perdre de son outil de travail.
Ce que je retiens de Bernard Bilis
La première chose est un principe que j'applique tous les soirs : la difficulté ne doit jamais être visible. Un spectateur n'a aucune raison d'admirer une technique qu'il ne peut pas évaluer. Si votre passe est parfaite, il ne la verra pas ; si elle est bonne, il ne la verra pas non plus. Autant travailler pour que le geste disparaisse complètement plutôt que d'espérer qu'on vous félicite pour lui.
La deuxième vient de son parcours de croupier. Le meilleur entraînement à la magie de proximité n'est pas la répétition devant un miroir, c'est la répétition en situation, avec des gens réels qui regardent pour de mauvaises raisons. C'est pour ça que je considère les prestations de mariage comme la meilleure école qui soit : on y enchaîne quarante tables en une soirée, chacune avec un public neuf, distrait, parfois franchement sceptique.
La troisième est plus rare dans ce métier. Il a passé sa vie à publier, filmer et enseigner, c'est-à-dire à donner ce qu'il aurait pu garder. Un magicien qui écrit affaiblit son propre avantage et renforce sa discipline. Sur une carrière entière, c'est ce second effet qui compte, et c'est ce qui distingue un artiste d'un simple détenteur de secrets. Si vous voulez commencer par le début, j'ai rassemblé quelques tours de cartes faciles dans le même esprit.
Questions fréquentes
Qui est Bernard Bilis ?
Bernard Bilis est un magicien français né le 29 janvier 1955, spécialiste de la cartomagie et du close-up. Fils du comédien Teddy Bilis, il a été croupier avant de devenir professionnel, et il est l'un des cartomanes français les plus reconnus à l'étranger. Le grand public le connaît surtout pour ses vingt années de passages au Plus Grand Cabaret du monde, entre 1999 et 2019.
Quel âge a Bernard Bilis ?
Né le 29 janvier 1955, il a 71 ans en 2026.
Quelle est la spécialité de Bernard Bilis ?
La cartomagie, c'est-à-dire la magie faite avec un jeu de cartes, pratiquée en close-up — à quelques centimètres du spectateur, sans scène ni gros accessoire. C'est la discipline la plus exigeante techniquement, parce que rien ne peut être caché par la distance.
Bernard Bilis a-t-il été croupier ?
Oui, à partir de 21 ans et pendant deux à trois ans selon les sources, avant de se consacrer à la magie. Ces années passées à distribuer des cartes des heures durant, sous la surveillance permanente d'une salle de jeu, constituent une école de manipulation que très peu de magiciens ont suivie.
Quels livres a écrit Bernard Bilis ?
Il publie « Close up French Style » en 1978, à 23 ans, puis « French Pasteboards » en 1980, deux ouvrages parus en anglais qui ont fait connaître l'école française de cartomagie à l'étranger. Il a également signé « La Magie pour les nuls » en 2007 et six séries de vidéos pédagogiques consacrées aux cartes.
Où voir Bernard Bilis à la télévision ?
Sa première apparition remonte au 22 juillet 1973, sur la deuxième chaîne, dans « On ne peut pas tout savoir ». Il passe sept fois dans « Coucou c'est nous ! » en 1993, puis dans « Coucou ! » avec Christophe Dechavanne en 1995. Il est ensuite artiste récurrent du « Plus Grand Cabaret du monde » de 1999 à 2019.
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