Affiche de Harry Kellar entouré de petits diables rouges
L'univers de la magie  ›  Harry Kellar
Portrait · le doyen américain

Harry Kellar, le doyen des magiciens américains

Fugueur à dix ans, ruiné par un naufrage, devenu la plus grande star de la magie américaine : la vie de Kellar est un roman. Avec des diables rouges sur les affiches.

Vrai nomHeinrich Keller
Naissance1849 · Érié, Pennsylvanie
Mort1922 · Los Angeles
Connu pourLa lévitation de la princesse Karnac

Surnommé « le doyen des magiciens américains », Harry Kellar a régné sur la magie de scène à la charnière des XIXe et XXe siècles. Mais derrière les affiches somptueuses et les diables rouges, il y a d'abord une histoire d'obstination : celle d'un gamin parti de rien, que rien n'a jamais arrêté.

Le gamin qui fuguait

Heinrich Keller naît en 1849 à Érié, en Pennsylvanie, dans une famille modeste d'immigrés allemands. À une dizaine d'années, après une expérience de chimie qui tourne mal dans la pharmacie où il travaille, il fugue et se débrouille seul. Sa chance : il devient l'assistant d'un magicien itinérant, puis des célèbres frères Davenport, ces faux spirites qui prétendaient invoquer les esprits dans leur fameuse armoire. Kellar y apprend deux choses : les ficelles du métier, et ce que le public est prêt à croire.

Ruiné par un naufrage, sauvé par l'obstination

Lancé à son compte, Kellar tourne jusqu'en Amérique du Sud avec succès. Mais en 1875, le bateau qui le ramène fait naufrage : il perd son matériel, ses économies, tout. La légende veut qu'il soit reparti de zéro sans une plainte, reconstruisant son spectacle pièce par pièce, tournée après tournée, jusqu'à devenir la première vraie star nationale de la magie américaine.

Tout perdre dans un naufrage, et rebâtir un empire de l'illusion : Kellar, c'est l'obstination faite magicien.

La lévitation de la princesse Karnac

Son chef-d'œuvre : une femme qui s'élève doucement dans les airs, flotte au-dessus de la scène, puis qu'on traverse d'un cerceau pour prouver l'absence de fils. L'illusion a tellement marqué les esprits qu'un siècle plus tard, David Copperfield l'a recréée en hommage public à Kellar. Il reprit aussi à son répertoire la Cage volante du Lyonnais Buatier de Kolta : les grands effets circulaient déjà entre les maîtres.

Les affiches au diable

Kellar fut aussi un pionnier du marketing. Ses lithographies, parmi les plus belles jamais imprimées pour la magie, le montrent trinquant avec le diable ou entouré de petits diablotins rouges qui lui soufflent leurs secrets à l'oreille. Le message subliminal était limpide : cet homme-là tient ses pouvoirs de forces peu recommandables. Une image de marque avant l'heure, qu'on étudie encore.

Le passage du manteau

En 1908, au moment de se retirer, Kellar fait ce qu'aucun magicien n'avait fait avant lui : lors d'une cérémonie d'adieu restée mythique, il désigne publiquement son successeur, Howard Thurston, dans ce que l'histoire retient comme « le passage du manteau ». Les affiches de l'époque montrent Kellar adoubant son héritier : une passation de pouvoir digne d'un roi.

Sa retraite californienne fut celle d'un patriarche vénéré. Houdini lui-même le considérait comme son idole et organisa, en 1917, un ultime triomphe : 6 000 spectateurs debout chantant « Auld Lang Syne » pendant que Kellar quittait la scène, porté en chaise à porteurs. On raconte même que L. Frank Baum se serait inspiré de lui pour camper le magicien d'Oz.

Affiche de la lévitation de la princesse Karnac par Harry Kellar
La lévitation de la princesse Karnac, son chef-d'œuvre.
Affiche de Harry Kellar trinquant avec le diable, vers 1899
Kellar trinque avec le diable (1899) : le marketing fait affiche.
Affiche du passage du manteau entre Kellar et Thurston
« Kellar's successor » : le passage du manteau à Thurston (1908).
Harry Kellar et Harry Houdini vers 1915
Avec Houdini, vers 1915 : le doyen et son plus fervent admirateur.
Vrai ou faux · le saviez-vous ? Question 1 / 6  ·  Score 0

Kellar a débuté comme assistant des frères Davenport, de faux spirites.

C'est là qu'il apprit les ficelles du métier, et ce que le public est prêt à croire.

Ce que je retiens de Kellar

Kellar n'était ni le plus inventif ni le plus habile de son temps, et c'est justement ce qui me fascine : il a tout compensé par le travail, la persévérance et un sens aigu du spectacle. Fugues, naufrage, concurrence féroce : rien ne l'a arrêté. Et il a su partir en beauté, en transmettant son manteau au lieu de s'accrocher à la scène. Une leçon d'élégance autant que de magie.

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