Un magicien manipule un jeu de cartes à quelques centimètres des spectateurs
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Prestidigitateur : le mot est né à Lyon, en 1819

Un magicien français a fabriqué ce mot de toutes pièces pour ne plus qu'on l'appelle « escamoteur ». Sa première trace imprimée est une annonce parue dans un journal lyonnais. Voici ce que le mot veut dire, d'où il vient, et ce qui le sépare de magicien, illusionniste et mentaliste.

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Je suis magicien à Lyon depuis plus de quinze ans, et j'ai mis longtemps à savoir quel mot mettre sur ma carte de visite. « Magicien » est large, « illusionniste » fait penser aux grandes scènes, « prestidigitateur » sonne un peu XIXe. Ce dernier est pourtant le plus précis des trois, et le plus lyonnais, pour une raison que peu de gens connaissent.

Qu'est-ce qu'un prestidigitateur ?

Un prestidigitateur est un artiste qui produit des effets magiques par l'agilité de ses mains : cartes, pièces, petits objets, à quelques centimètres des yeux. Le mot désigne d'abord une technique, la manipulation, là où « magicien » désigne le métier entier et « illusionniste » la magie de scène à grande échelle.

Autrement dit : tout prestidigitateur est un magicien, mais tout magicien n'est pas prestidigitateur. Celui qui fait léviter une assistante sur une scène de gala fait de la magie ; il ne fait pas de la prestidigitation. Celui qui fait disparaître votre bague dans sa main, si.

Le mot ne dit pas ce qu'on montre. Il dit avec quoi on le fait : les doigts.

Un mot inventé pour cesser d'être un escamoteur

Avant 1815, l'homme qui faisait des tours dans les foires s'appelait un escamoteur. Le terme sentait la fête foraine, les gobelets et, disons-le, le bonneteau : il traînait une odeur de tricherie dont la profession voulait se défaire.

C'est un magicien du nom de Jules de Rovère, qui décide de s'inventer un titre. Il forge « prestidigitateur », assez savant pour faire sérieux, assez transparent pour se comprendre. Robert-Houdin lui en attribue explicitement la paternité dans ses mémoires, le décrivant comme celui « qui le premier se servit d'un mot généralement employé aujourd'hui ».

Et c'est ici que Lyon entre en scène. La plus ancienne trace imprimée connue du mot est une annonce du Journal de Lyon du 21 mai 1819, signalant l'arrivée en ville des voitures et du fourgon de « Mr. Jules Rovère, PRESTIDIGITATEUR ». Le document a été exhumé et publié par Le Cabinet d'Illusions. L'appellation que j'emploie pour décrire mon métier a été imprimée pour la première fois dans le journal de la ville où je l'exerce.

Non, ça ne vient pas de « presto digiti »

On lit partout qu'il viendrait d'une expression latine, presto digiti, « doigts rapides ». C'est joli, et c'est faux. Le CNRTL est net : il est « formé à partir de preste et du lat. digitus, doigt ». C'est-à-dire d'un adjectif bien de chez nous qui signifie vif, et d'une racine latine. Un mot fabriqué au XIXe siècle, pas un héritage de l'Antiquité.

La suite est une affaire de dictionnaires. Il entre chez Boiste en 1823, qui le définit comme celui « qui fait des tours subtils avec les doigts ». L'Académie française ne l'admet qu'en 1878, soixante ans après l'annonce lyonnaise. Le CNRTL relève d'ailleurs une fréquence littéraire absolue de 55 : l'appellation est restée rare, technique, un peu solennelle. Elle l'est toujours.

Une carte à jouer manipulée entre les doigts, à quelques centimètres des spectateurs
La prestidigitation au sens strict : rien d'autre que les doigts, à trente centimètres des yeux.

Les mots d'avant : escamoteur, physicien, prestigiateur

Notre langue a essayé plusieurs étiquettes avant de se fixer. Le prestigiateur, du latin praestigiator, désignait au Moyen Âge un faiseur de tours ; on le trouve encore dans le dictionnaire franco-anglais de Randle Cotgrave, en 1611. L'escamoteur, lui, règne sur les foires jusqu'au XIXe. L'historien E. Raynaly, cherchant à en dater l'origine, renonçait avec humour en désignant « le père Adam comme le premier escamoteur ».

Il y a aussi le physicien, mot aujourd'hui perdu pour la magie : celui qui pratiquait la « physique amusante », ces expériences à mi-chemin entre science et spectacle. C'est le titre que portait Bénita Anguinet, première femme à tenir son propre théâtre de magie à Paris, en 1856. On disait d'elle qu'elle était « physicienne », pas magicienne.

Cette bataille de vocabulaire n'a rien d'anecdotique : elle raconte le moment où le métier cesse d'être suspect. Un siècle plus tôt, Reginald Scot publiait The Discoverie of Witchcraft (1584) pour démontrer que les prétendus sorciers n'étaient que des faiseurs de tours. Son livre, censé protéger des innocents du bûcher, devint le premier manuel d'apprentissage de la magie. L'histoire détaillée de ces glissements est documentée par la revue Artefake.

Prestidigitateur, illusionniste, magicien, mentaliste : qui fait quoi

Quatre mots, quatre réalités qui se recouvrent en partie. Voici comment je les distingue quand un client me demande ce qu'il doit chercher.

01Magicien

Le terme générique. Il couvre tout le métier, toutes les échelles, tous les formats.

02Prestidigitateur

Il manipule des objets par les doigts, à quelques centimètres des yeux. Cartes, pièces, votre alliance.

03Illusionniste

Il manipule des appareils et des décors, sur une scène, devant un public assis.

04Mentaliste

Il manipule la perception et la pensée. Aucun accessoire nécessaire.

Le travail d'illusionniste demande une scène, du matériel et un public assis ; la prestidigitation ne demande qu'une table et des mains propres. Le mentalisme, lui, se passe entièrement d'objets : c'est la perception qu'on manipule, pas le jeu de cartes.

Le close-up, terrain naturel du prestidigitateur

Si la prestidigitation a une maison, c'est le close-up, la magie de proximité, celle qui se pratique à trente centimètres, debout dans un cocktail ou assis à une table. Rien n'y est caché par la distance : pas de rideau, pas de pénombre, pas de recul. L'illusion doit tenir sous le nez du spectateur, et c'est exactement ce que la technique des doigts permet.

C'est aussi pourquoi le close-up est l'école la plus exigeante de cet art : on y travaille sans filet, en s'adaptant à chaque table, à chaque groupe, à chaque angle de regard. Un prestidigitateur qui tient une soirée entière en close-up a prouvé quelque chose qu'aucune grande scène ne réclame.

Dans les faits, la plupart des professionnels pratiquent plusieurs de ces registres. Le mot qu'on met en avant dit surtout où se trouve notre cœur de métier. Le mien est dans les mains : c'est la magie de proximité, celle qui se joue dans les vôtres.

Arrivée le 17 du courant, en poste, de Mr. Jules Rovère, PRESTIDIGITATEUR.
Journal de Lyon, 21 mai 1819 · la première fois que le mot est imprimé
Du mot à la table

Un prestidigitateur pour vos invités

La prestidigitation ne se raconte pas, elle se vit à trente centimètres : une carte que vous avez signée, une pièce qui traverse la table, vos mains fermées sur quelque chose qui n'y est plus. C'est ce que je propose lors de vos cocktails, mariages et soirées d'entreprise, à Lyon et dans toute la région.

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Ce qu'on me demande sur le mot

Qui a inventé le mot prestidigitateur ?

Jules de Rovère, vers 1815. Robert-Houdin le confirme dans ses mémoires. Sa première trace imprimée connue date de 1819, dans le Journal de Lyon.

Prestidigitateur ou magicien : lequel employer ?

« Magicien » si vous cherchez un artiste pour un événement, sans préjuger du format. « Prestidigitateur » si vous voulez précisément de la magie rapprochée, avec des objets, au milieu de vos invités.

Est-ce que le mot est vieilli ?

Il est rare. Le CNRTL lui compte une fréquence littéraire de 55. Mais il n'est pas mort. Il reste le seul terme qui désigne exactement la technique, et la profession y tient.