Bénita Anguinet
La première à posséder son théâtreFille d'un acteur devenu illusionniste, elle monte sur scène à sept ans et partage l'affiche avec son père pendant dix ans, de foire en foire. En 1840, à vingt et un ans, un portrait gravé la montre entourée de ses appareils : elle est passée tête d'affiche. Suivent les tournées en France, en Algérie et en Europe, dont la presse de l'époque rend compte en parlant de ses « jeux indiens et magiques ».
En 1856, elle obtient son propre théâtre de magie au Pré-Catelan, dans le bois de Boulogne : deux cents places, du printemps à l'automne, un répertoire emprunté à Robert-Houdin : le carton à dessin magique, la bouteille inépuisable, le chou merveilleux. La même année paraît chez Heugel une polka-mazurka pour piano composée à sa gloire, Benita la magicienne, dont la couverture porte le seul portrait qu'on lui connaisse.
Là où Adelaide Herrmann reprendra le spectacle de son mari, Bénita a bâti le sien seule : France Culture en fait « la première magicienne célibataire à posséder un théâtre et à connaître le succès sans l'aide de quiconque ». Elle repart en tournée en 1858, s'installe dans la péninsule ibérique en 1863 et y joue jusqu'à sa mort à Madrid. Le conservateur du patrimoine Pierre Taillefer et l'éditeur Thibault Ternon lui ont consacré en 2023 la première monographie, 221 pages tirées à 200 exemplaires, fruit de plus de dix ans de recherches dans les collections publiques et privées. Sa notice Wikipédia.