Portrait de Buatier de Kolta en haut-de-forme, illusionniste lyonnais
L'univers de la magie  ›  Buatier de Kolta
Portrait · le génie lyonnais

Buatier de Kolta, le Lyonnais qui inventa le mot « illusionniste »

Né à Lyon, mort sur scène en pleine gloire américaine, Joseph Buatier a créé les plus grandes illusions de son siècle. Et, accessoirement, le mot que j'emploie pour me décrire.

Nom completJoseph Buatier de Kolta
Naissance1847 · Lyon
Mort1903 · La Nouvelle-Orléans
Connu pourLa Femme qui disparaît

S'il y a un magicien qui me touche plus que les autres, c'est lui. Joseph Buatier est né à Lyon en 1847, a vécu tout près de chez moi, et reste, plus d'un siècle après sa mort, l'un des plus grands inventeurs d'illusions de l'histoire. On lui doit même un mot que vous employez sans le savoir : « illusionniste ».

Un Lyonnais qui n'était pas destiné à la magie

Rien ne le prédestinait à la scène. Ses parents rêvaient de le voir entrer dans les ordres, comme ses frères ; seul le cadet deviendra prêtre. Buatier, lui, se passionne d'abord pour la peinture, avant de gagner sa vie comme serveur, en glissant quelques tours de magie de table en table. C'est là qu'un imprésario hongrois, Julius de Kolta, le repère et devient son manager. Vous tenez là l'origine du nom : son vrai patronyme était simplement Buatier ; « de Kolta », c'est le nom de son agent, qu'il adopte vers 1878 à Paris.

Ses débuts sont difficiles. En 1870, il joue à Genève, puis à Rome, dans des auberges et des cafés, avec un répertoire de cartes. Découragé, il est à deux doigts de tout abandonner quand un ancien ami séminariste lui arrange une représentation devant de hauts dignitaires de l'Église. Ce soir-là, tout bascule : les portes des plus beaux théâtres de Rome s'ouvrent enfin.

Buatier et moi, une histoire de quartier

Si je vous parle de lui avec autant d'affection, c'est aussi très personnel. J'ai habité à Caluire, là même où Buatier avait sa maison et son théâtre. L'un de mes grands plaisirs était d'aller consulter, dans les archives de la bibliothèque municipale, un ouvrage recensant tous ses numéros, et d'y dénicher ses trésors cachés.

Je suis même allé me poster rue Buatier de Kolta, devant la maison où il a vécu. Je n'ai jamais pu y entrer, elle appartient aujourd'hui à des particuliers, mais marcher sur les pas d'un tel génie, à quelques rues de chez moi, a toujours eu pour moi quelque chose de vertigineux.

La Femme qui disparaît

1886. À Saint-Pétersbourg d'abord, puis à Paris, Buatier présente le tour qui le rendra immortel. Il étale une feuille de journal sur la scène, pour écarter tout soupçon de trappe, y pose une chaise, y installe son assistante, la recouvre d'un simple voile de soie… qu'il arrache aussitôt : la femme a disparu. Et le voile avec elle.

Une femme assise, un voile qu'on soulève : plus personne. Et le voile lui-même s'évanouit. L'illusion la plus copiée de toute l'histoire de la magie.

L'effet fait l'effet d'une bombe et se retrouve aussitôt pillé partout ; le grand Alexander Herrmann ira jusqu'à s'en attribuer l'invention. Mieux : Georges Méliès en tourne une version filmée dès 1896, l'un des tout premiers trucages de l'histoire du cinéma. Un siècle plus tard, David Copperfield en signera la plus émouvante des relectures.

Le mot « illusionniste », c'est lui

Après ce triomphe, Buatier est interviewé pendant des mois. Et c'est à ce moment qu'il commence à se présenter d'un mot tout neuf : « illusionniste ». Il serait le premier à l'employer. Il faut dire qu'il venait de redéfinir ce qu'une illusion de scène pouvait être. Alors, quand je me présente moi-même comme illusionniste à Lyon, je reprends, sans prétention, le mot d'un enfant du pays.

Un inventeur compulsif

Buatier ne se contentait pas d'exécuter : il inventait, sans relâche. Dès 1875, à l'Egyptian Hall de Londres, il fait disparaître une cage à oiseau entre ses mains nues, grâce à une cage pliante reliée à une tige qui remonte le long de sa manche. Cette « Cage volante » traversera les époques, reprise par Harry Kellar, les Blackstone ou Tommy Wonder, et se joue encore aujourd'hui.

On lui doit aussi les Fleurs de printemps (1878), un cornet de papier vide qui se met à déverser un millier de fleurs, ancêtre de toute la magie des apparitions ; le poétique Cocon (1885), d'où s'échappe une femme-papillon ; et surtout son ultime chef-d'œuvre, le Dé qui grandit (1903) : un petit dé posé sur une table fine qui, en un clin d'œil, enfle jusqu'à la taille d'une machine à laver, pour révéler son épouse dessous. Une mécanique si redoutable que Houdini, qui racheta le numéro à sa mort, ne le présenta qu'une seule fois, le jugeant trop complexe.

Magie et science

Ce qui rend Buatier fascinant, c'est sa vision. En 1892, un journaliste du New York Herald lui demande la qualité essentielle d'un prestidigitateur. Il exécute un tour de cartes, puis repose le jeu : « ça, c'est de la magie au rabais ». Pour lui, « mes plus grands exploits reposent sur l'application habile des lois naturelles ; l'illusionniste n'a pas plus besoin de tours de main que le physicien ou le chimiste dans son laboratoire ».

Il laissait son public croire qu'il utilisait l'électricité (« neuf fois sur dix, ça n'avait rien à voir »), prétendait travailler à modifier la gravité, à lâcher un poids sur des œufs sans les briser, voire à arrêter des balles. L'archétype du savant fou victorien, à mi-chemin entre Frankenstein et le laboratoire. Sa conviction : la magie doit être de son temps, à la frontière exacte de la science et de l'émerveillement. C'est une idée qui ne m'a jamais quitté.

Ce que je retiens de Buatier

Il s'est éteint en pleine gloire, le 7 octobre 1903 à La Nouvelle-Orléans, au début d'une tournée américaine, emporté à 55 ans par une maladie des reins. On l'a ramené reposer en Angleterre. Ses illusions, elles, lui ont largement survécu : les Fleurs de printemps sont dans toutes les boutiques de magie du monde, et la Femme qui disparaît se joue encore sous le nom de « chaise de Kolta ». Pour l'illusionniste lyonnais que je suis, marcher dans ses pas restera toujours un honneur.

La Femme qui disparaît, illusion de Buatier de Kolta
La Femme qui disparaît (1886), son chef-d'œuvre.
Le Dé qui grandit, dernière illusion de Buatier de Kolta
Le Dé qui grandit (1903), son ultime création.
Le Cocon, illusion poétique de Buatier de Kolta
Le Cocon (1885) : une femme-papillon en sort.
Les Fleurs de printemps de Buatier de Kolta
Les Fleurs de printemps, ancêtre des apparitions.
La Cage volante de Buatier de Kolta
La Cage volante, jouée encore aujourd'hui.
Programme de Buatier à l'Opéra Comique de Londres, 1876
Programme londonien, 1876.
Dans la lignée de Buatier

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