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L'Illusionniste (The Illusionist) : le film vu par un magicien

Celui de Neil Burger avec Edward Norton, ses tours, sa fin, ce qu'il montre juste du métier. Et l'autre Illusionniste, dessiné par Sylvain Chomet d'après Jacques Tati.

L'Illusionniste (The Illusionist) est un film américano-tchèque de Neil Burger, sorti en 2006 aux États-Unis et le 17 janvier 2007 en France. Edward Norton y joue Eisenheim, un illusionniste de la Vienne des années 1900 qui défie le prince héritier pour l'amour d'une duchesse. Un second film porte le même titre : le long métrage d'animation de Sylvain Chomet, sorti en 2010, tiré d'un scénario inédit de Jacques Tati. Cette page traite surtout du premier, puis du second.

Je suis magicien et mentaliste professionnel depuis 2010. Vous ne trouverez ici aucun secret de tour, mais vous saurez ce que le film montre de vrai et ce qu'il invente. Les dates, chiffres et noms sont tirés des pages Wikipédia des deux films et de leurs fiches AlloCiné.

Deux films, un même titre

L'Illusionniste (2006)L'Illusionniste (2010)
Titre originalThe IllusionistThe Illusionist
RéalisationNeil BurgerSylvain Chomet
GenrePrises de vues réelles, drame fantastiqueAnimation dessinée à la main
Sortie en France17 janvier 200716 juin 2010
Durée1 h 501 h 20
Le magicienEisenheim (Edward Norton)Tatischeff (voix de Jean-Claude Donda)
Où et quandVienne, vers 1900Paris, Londres puis l'Écosse, fin des années 1950
SourceNouvelle américaine de 1990Scénario inédit de Jacques Tati

Edward Norton, un prince et un fantôme sur scène : c'est 2006. Un vieux magicien dessiné, un lapin blanc et Édimbourg : c'est 2010. Le titre a aussi été porté par un livre de Hari Kunzru, un autre de Christopher Fowler, et par la minisérie Houdini, l'illusionniste (2014), que je présente dans le classement des films de magie.

L'Illusionniste de Neil Burger (2006)

Affiche du film L'Illusionniste de Neil Burger avec Edward Norton
L'affiche du film de 2006

L'histoire, sans dévoiler la fin

Adolescent, Eduard Abramovich, fils d'un menuisier, tombe amoureux de Sophie, une jeune aristocrate que tout sépare de lui. Il part faire le tour du monde pour apprendre la magie et revient dans la capitale sous le nom d'Eisenheim. Ses spectacles remplissent les théâtres. Le prince héritier Léopold y voit un défi à son intelligence, et découvre que le magicien a retrouvé Sophie, qu'il doit lui-même épouser. Entre les deux hommes, l'inspecteur en chef Uhl, loyal au prince, amateur de tours, voudrait bien comprendre comment tout cela fonctionne.

Le casting et l'équipe

Edward Norton joue Eisenheim, Paul Giamatti l'inspecteur Uhl, Jessica Biel la duchesse Sophie von Teschen et Rufus Sewell le prince Léopold. Eddie Marsan joue Fischer, l'homme de confiance du prince, et Aaron Taylor-Johnson le héros adolescent. La musique est de Philip Glass. Le scénario, signé par le réalisateur, s'inspire très librement d'Eisenheim the Illusionist, une nouvelle de Steven Millhauser parue en 1990 dans le recueil The Barnum Museum. L'intrigue criminelle, elle, est une invention du film.

Tournage, accueil et box-office

Prague et Tábor, en République tchèque, jouent la capitale autrichienne, et le château du prince est celui de Konopiště. Tourné pour environ 17 millions de dollars, il en a rapporté près de 88 dans le monde. En France, AlloCiné compte 265 738 entrées, une moyenne presse de 3,0 sur 5 et une moyenne spectateurs de 3,8. Roger Ebert lui a donné 3,5 sur 4, et il a décroché une nomination aux Oscars pour la photographie de Dick Pope. On le trouve au format DVD et Blu-ray.

2006, l'année des magiciens au cinéma

La même année sont sortis Le Prestige de Christopher Nolan et Scoop de Woody Allen, deux autres œuvres où l'on croise un magicien de scène. On compare souvent les deux premiers, à tort : Le Prestige parle du métier et du secret, L'Illusionniste d'amour et de pouvoir, avec la magie pour arme.

Les tours du film, vus par un magicien

Un film a un avantage que je n'aurai jamais : le montage. La vraie question est donc de savoir si le répertoire est crédible pour l'époque, et il l'est. La production s'est entourée de consultants magiciens, James Freedman, Ricky Jay, Michael Weber et Scott Penrose. Freedman a préparé l'acteur principal pour ses scènes et sert de doublure pour ses mains dans plusieurs plans. Norton, lui, voulait limiter au maximum les effets numériques.

L'oranger qui pousse sur scène

C'est le tour qui obsède l'inspecteur jusqu'à la dernière scène. Il n'est pas inventé : l'oranger merveilleux, qui fleurit puis porte ses fruits devant le public, est un classique du XIXe siècle, rendu célèbre par Robert-Houdin. Ce que l'écran s'autorise, c'est la vitesse et la netteté d'image ; sur une vraie scène, la beauté du tour tenait surtout au rythme de la présentation.

L'épée que personne ne peut soulever

Invité à la cour, Eisenheim plante l'épée du prince dans le sol, la pointe à peine posée : aucun officier ne parvient à la reprendre, et Léopold lui-même n'y arrive qu'après quelques secondes. Le tour est une provocation : devant ses courtisans, le prince comprend qu'il est à la merci du magicien. Un tour peut humilier, et un magicien qui s'en sert ainsi a déjà quitté le spectacle pour la politique.

Les spectres

Eisenheim fait ensuite apparaître des morts sur scène. Arrêté pour fraude, il s'en sort en avouant devant la salle que tout n'est qu'illusion. Les fantômes de théâtre ont vraiment fasciné le XIXe siècle ; je n'en dirai pas plus sur la technique. Ce qui m'intéresse, c'est l'usage : tant qu'on ne l'y oblige pas, le héros laisse entendre que les esprits sont réels. C'est la limite que la profession s'impose depuis Houdini, qui a passé ses dernières années à démasquer les médiums.

Un magicien dit : regardez ce qui est impossible. Un charlatan dit : croyez que c'est possible. Ici, le magicien joue le second rôle, pour une bonne raison.

Ce que le film comprend du métier

D'abord, le public ne vient pas voir un tour, il vient voir quelqu'un : l'acteur joue tout en retenue, et c'est ce silence qui remplit les salles. Ensuite, le spectateur qui « veut comprendre » n'est pas un ennemi : l'inspecteur est son meilleur public, parce qu'il regarde. Le prince vit chaque tour comme une insulte, et ce spectateur-là, on ne le gagne jamais en le défiant. Enfin, un effet se construit longtemps à l'avance, et c'est tout le sujet de la fin.

La fin de L'Illusionniste expliquée

Attention, ce passage dévoile la fin

Si vous n'avez pas vu le film, passez directement à la partie consacrée au film de 2010.

Sophie est retrouvée morte, et tout accuse le prince. Sur scène, son fantôme désigne son meurtrier. Le policier finit par réunir des preuves contre Léopold, un pendentif et une pierre tombée du sabre du prince, et les fait parvenir à l'empereur. Acculé, Léopold se donne la mort. Il reçoit alors un paquet qui contient le secret de l'oranger, poursuit le magicien jusqu'à une gare, le manque de peu, et comprend en quelques secondes que tout était mis en scène : Sophie n'est pas morte, les indices ont été semés pour lui, et les deux amants se retrouvent loin de la ville.

Pour un magicien, c'est la partie la plus juste de l'histoire. Ce qui vient de se passer est un tour au sens exact : une préparation invisible, une fausse piste, et un spectateur qui découvre la méthode quand il ne peut plus rien y faire. L'inspecteur rit, comme tout bon public qui se sait battu à la loyale.

L'Illusionniste de Sylvain Chomet (2010), le film d'animation

Affiche du film d'animation L'Illusionniste de Sylvain Chomet
L'affiche du film de 2010

Sorti le 16 juin 2010 en France après une première au festival de Berlin, il est réalisé par Sylvain Chomet, l'auteur des Triplettes de Belleville, d'après un scénario que Jacques Tati avait écrit sans jamais le tourner.

L'histoire

À la fin des années 1950, le rock remplit les salles et les numéros de music-hall passent de mode. Un vieil illusionniste, Tatischeff, qui porte le vrai nom de Tati et en a la silhouette, quitte Paris pour Londres, puis accepte une invitation sur une île écossaise. Il y rencontre Alice, une jeune fille qui croit que sa magie est réelle et le suit jusqu'à Édimbourg. Comme le script de Tati, écrit sans dialogue, on y parle très peu.

Le scénario de Jacques Tati

Tati a écrit ce script, archivé sous le nom de Film Tati no 4, entre 1955 et 1959, avec son coscénariste Henri Marquet. Il le situait à Prague ; Chomet l'a déplacé à Édimbourg, où il avait installé son studio. Les poules du magicien sont devenues un lapin blanc. Selon Chomet, Pierdel, un magicien que Tati employait comme accessoiriste, lui a raconté que Tati n'était pas du tout habile de ses mains, une des raisons avancées pour expliquer qu'il n'ait jamais tourné ce projet. Le texte serait une lettre à l'une de ses filles.

Récompenses et accueil

Le film a reçu le César du meilleur film d'animation en 2011 et le prix du cinéma européen du meilleur film d'animation en 2010. Il a été nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation, perdu face à Toy Story 3. D'après Wikipédia, il totalisait un peu plus de 295 000 entrées en France fin 2014. Sur AlloCiné, la presse lui donne 4,1 sur 5 et les spectateurs 3,6.

Ce que ce film dit de mon métier

C'est l'œuvre la plus mélancolique sur mon métier, et elle touche juste : les tours de Tatischeff sont des classiques de music-hall, et ce n'est pas eux qui vieillissent, c'est le cadre. Alice, elle, pose la question que tout magicien entend un jour : « c'est vrai ? » Tatischeff finit par lui laisser un mot qui dit, en substance, que les magiciens n'existent pas : la réponse honnête, et la plus triste. J'en préfère une autre : les magiciens existent, simplement ils ne font pas ce que vous croyez.

Hors écran

L'illusion, sans montage

À l'écran, la caméra choisit ce que vous voyez. Sur scène, tout se passe devant vous, à quelques mètres, sans coupe possible. Vous pouvez le vivre dans un spectacle d'illusion ou dans « The Experience », trente à soixante minutes de mentalisme.

Découvrir The Experience

L'Illusionniste : vos questions

Qui joue dans L'Illusionniste ?

Dans le film de 2006, Edward Norton joue le magicien Eisenheim, Paul Giamatti l'inspecteur Uhl, Jessica Biel la duchesse Sophie et Rufus Sewell le prince héritier Léopold. Dans la version animée de 2010, c'est Jean-Claude Donda qui prête sa voix au magicien Tatischeff.

L'Illusionniste est-il une histoire vraie ?

Non. Le film de 2006 s'inspire d'une nouvelle de Steven Millhauser, et son prince Léopold n'a jamais existé. En revanche, plusieurs tours sortent de la vraie histoire du spectacle, comme l'oranger merveilleux, rendu célèbre par Robert-Houdin au XIXe siècle.

Quelle est la fin de L'Illusionniste ?

Sophie n'est pas morte : Eisenheim a mis en scène sa disparition et semé les indices qui mènent la police jusqu'au prince. Léopold, démasqué, se suicide, et les deux amants se retrouvent à la campagne. L'inspecteur comprend le tour trop tard, et en rit.

Où regarder le film L'Illusionniste ?

Fin septembre 2026, les deux films apparaissaient sur Prime Video en France, selon les périodes à l'achat, à la location ou en abonnement. Les catalogues changent souvent : vérifiez avant de vous installer.

Qu'est-ce qu'un illusionniste ?

Un artiste de scène qui crée l'impression de l'impossible : apparitions, disparitions, lévitations. Le mot désigne surtout le magicien des grandes illusions, mais il se confond souvent avec prestidigitateur.

Quel est le meilleur film avec un magicien illusionniste ?

Pour comprendre le métier, je recommande d'abord Le Prestige de Christopher Nolan. L'Illusionniste de 2006 vient juste derrière, pour sa reconstitution et ses tours historiquement crédibles. Le classement complet est dans ma sélection des meilleurs films de magie.

Ce qu'il faut retenir

En 2006, un magicien viennois retourne son art contre un prince : un répertoire crédible et une fin qui est un vrai tour. En 2010, un vieux magicien de music-hall voit son époque finir. Pour prolonger : les meilleurs films de magie, Robert-Houdin et son oranger, et Georges Méliès, l'illusionniste devenu cinéaste.