Gérard Majax jeune, en pull, présente un tour de balles en mousse et de gobelet à quatre enfants qui l'observent de très près
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Portrait · le magicien qui explique

Gérard Majax, le magicien qui a brisé l'omerta

Il a fait à la télévision ce qu'aucun magicien n'a le droit de faire : montrer comment ça marche. Et il avait une très bonne raison.

Nom de naissanceMaurice Faier
Naissance28 avril 1943 · Nice
SpécialitéPrestidigitation et zététique
DistinctionChevalier des Arts et Lettres, 1987

Il existe dans mon métier une règle qu'on transmet avant même les techniques : on ne dévoile pas. Elle n'est écrite nulle part, elle n'a aucune valeur juridique, et pourtant elle tient depuis deux siècles. Gérard Majax a bâti l'émission la plus populaire de sa carrière en faisant exactement l'inverse, à une heure de grande écoute, devant des millions de personnes. Le milieu le lui a longtemps reproché. Je crois qu'il avait raison, et qu'on l'a mal jugé.

Qui est Gérard Majax ?

Gérard Majax, de son vrai nom Maurice Faier, est un prestidigitateur, illusionniste et auteur français né le 28 avril 1943 à Nice. Il a 83 ans et il est l'une des dernières grandes figures vivantes de la magie télévisée française, aux côtés de Garcimore, dont il fut le contemporain sur les antennes des années 1970 et 1980. Sa notoriété tient à deux carrières menées de front : celle d'un technicien de la manipulation, et celle d'un pourfendeur de charlatans qui a fait de la démystification un travail à plein temps.

Mandrake, Clignancourt et la Sorbonne

Sa vocation n'a rien d'un conte : elle commence avec une bande dessinée. C'est Mandrake le magicien qui déclenche tout chez l'enfant né à Nice et monté à Paris à cinq ans. Il achète ses premiers accessoires porte de Clignancourt, auprès des camelots et d'un vendeur connu sous le nom de Professeur Marcel — la magie s'apprenait alors sur les marchés, pas dans les boutiques spécialisées.

La suite est plus inattendue. Il passe par l'École normale d'instituteurs, puis par l'Institut de psychologie de la Sorbonne. Deux formations qui expliquent beaucoup : on ne devient pas pédagogue de la télévision par hasard quand on a été formé à enseigner, et on ne construit pas une critique aussi méthodique de la crédulité sans avoir étudié comment fonctionne une croyance.

Côté métier, il est formé par le docteur Jules Dhotel, président de l'AFAP, en échange de travaux de secrétariat — le troc classique du milieu, du temps où l'on payait ses cours en services. Puis le producteur Eddie Barclay le pousse vers la voie artistique, et Bruno Coquatrix l'intègre à la Tournée mondiale du Music-Hall de France, quatre-vingt-douze artistes en URSS, en Tchécoslovaquie et en Allemagne. Entre-temps, il joue au Crazy Horse Saloon. La scène d'abord, la télévision ensuite.

« Y'a un truc » : le tabou qu'il a fait sauter

Diffusée sur Antenne 2 à partir de 1975, à 19 h 45, juste avant le journal, l'émission atteint jusqu'à 40 % d'audience et lui vaut, dès la première année, plus d'un million et demi de lettres de téléspectateurs — deux chiffres qu'il donne lui-même sur son site officiel. Le titre, lui, est déjà une prise de position. Pas « le grand mystère », pas « l'impossible » : « Y'a un truc ». Trois mots qui disent au téléspectateur que ce qu'il va voir est fabriqué, et qu'il va apprendre comment. Pour comprendre à quel point c'était transgressif, il faut savoir ce que l'explication coûte réellement à un magicien.

Un secret révélé ne se revend pas. La valeur d'un tour n'est pas dans son matériel, qui coûte souvent trois fois rien, mais dans le fait que personne ne sait. C'est le seul actif du métier, et il se détruit à la première divulgation.

Le public averti ne redevient jamais naïf. Un spectateur qui connaît le principe de la carte forcée le cherchera dans tous les tours qu'il verra ensuite, y compris ceux qui n'ont rien à voir. L'explication ne coûte pas un tour, elle en abîme une famille entière.

Le magicien qui explique passe pour un traître avant de passer pour un pédagogue. C'est la réaction immédiate de la profession, et elle est compréhensible : chacun a le sentiment que l'autre vend un bien commun.

Et pourtant, un tour expliqué est un tour perdu, pas un métier perdu. C'est là que ses détracteurs se sont trompés. Ce qu'il livrait, ce sont des principes élémentaires — des forçages simples, des faux mélanges, des accessoires de commerce. Le répertoire professionnel de ses confrères, celui qui demande dix ans de main, n'a jamais été à l'antenne.

Y'a un truc. Trois mots qui disent au public qu'il a le droit de comprendre.

La vraie cible n'était pas la magie

On ne comprend son geste qu'en regardant contre qui il était dirigé. Dans les années 1970 et 1980, la France est saturée d'émissions et de rubriques consacrées aux pouvoirs de l'esprit : guérisseurs, tordeurs de métal, médiums, voyants sur catalogue. Une bonne partie de ces numéros repose sur des techniques que n'importe quel prestidigitateur reconnaît au premier coup d'œil, parce que ce sont les siennes.

Majax a fait le raisonnement inverse de celui de ses confrères. Puisque les mêmes procédés servent à divertir d'un côté et à escroquer de l'autre, la seule façon de désarmer le second usage est de rendre le premier transparent. Un public qui sait comment on tord une cuillère n'a plus besoin qu'on lui explique pourquoi le voyant qui la tord n'est pas un élu. C'est un raisonnement de santé publique, pas de spectacle.

Il l'a poussé jusqu'à sa conclusion logique en animant de 1987 à 2002 le Défi zététique international, aux côtés d'Henri Broch et de Jacques Theodor, doté de 200 000 euros, d'après l'association Artefake : une récompense à qui démontrerait un pouvoir paranormal réel dans des conditions convenues à l'avance par les deux parties. Le protocole est la partie décisive, et c'est toujours là que les candidatures se sont arrêtées. Personne n'a jamais emporté la mise.

1987 : le soir où il a affronté Uri Geller

L'épisode le plus commenté de sa carrière se joue le 14 mars 1987, sur le plateau de Droit de réponse, l'émission de Michel Polac — après un premier accrochage chez Philippe Bouvard — face à Uri Geller, l'homme aux cuillères tordues, alors au sommet de sa célébrité mondiale. Majax y conteste publiquement ses prétentions paranormales.

Ce qui rend l'affrontement intéressant n'est pas le clash télévisuel, c'est l'asymétrie des positions. Geller n'a jamais eu besoin de prouver quoi que ce soit : il lui suffisait de produire l'effet. Majax, lui, devait démontrer une absence, ce qui est la tâche la plus ingrate qui soit. Un magicien qui reproduit un miracle ne prouve pas que le miracle est faux ; il prouve seulement qu'il existe une autre explication. C'est logiquement plus faible, et c'est pourtant amplement suffisant pour qui accepte de raisonner.

La postérité a tranché à sa façon : la même année, il est fait chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres. En avril 2022, son nom refait surface dans un débat de campagne présidentielle, cité par Emmanuel Macron — signe qu'à près de quatre-vingts ans, « Majax » était resté en France un nom commun désignant le tour de passe-passe.

1972 · cinémaLe Grand Blond avec une chaussure noireIl signe les manipulations de cartes du générique du film d'Yves Robert. Sa main est à l'écran avant que son nom ne le soit.
1975 · cinémaLa Course à l'échaloteDeuxième collaboration avec le cinéma populaire français, à l'époque où la magie n'y avait pas droit de cité.
1987 · Droit de réponseFace à Uri GellerLe duel qui fixe sa réputation de démystificateur, et l'année de sa distinction aux Arts et Lettres.
2002-2005 · Palais de la découverteL'HallucinoscopeSon dispositif d'illusion d'optique exposé dans un musée scientifique. La boucle est bouclée : l'illusion devient objet d'étude.

Le technicien derrière le pédagogue

On oublie souvent, à force de parler du démystificateur, qu'il y a d'abord un praticien. Le cinéma est allé le chercher deux fois, pour Le Grand Blond avec une chaussure noire en 1972 puis La Course à l'échalote en 1975 : quand un réalisateur a besoin de vraies mains, il ne prend pas un pédagogue, il prend quelqu'un dont la manipulation tient au ralenti et en gros plan. C'est un test autrement plus sévère qu'un plateau de télévision, où le montage protège.

Il a par ailleurs publié une trentaine d'ouvrages entre 1967 et 2018, selon le décompte de son site officiel, partagés entre l'apprentissage de la prestidigitation et la critique des pseudo-sciences. Et il a conçu l'Hallucinoscope, un dispositif d'illusion d'optique breveté en 1999, présenté à la Cité des sciences en 2000 puis exposé au Palais de la découverte de 2002 à 2005. Passer d'un plateau de variétés à une institution scientifique dit assez bien ce qu'il cherchait : faire de l'illusion un objet qu'on examine, pas seulement un numéro qu'on subit.

Ses émissions ont couvert deux décennies de télévision : outre Y'a un truc, on lui doit Abracadabra, Passe-passe, Magie-surprise, La caverne d'Abracadabra et Magie-Majax. La chronologie détaillée figure sur sa fiche Wikipédia.

Majax et les mentalistes d'aujourd'hui

Sa position éclaire une question que l'on me pose souvent en mentalisme : est-ce que je prétends lire dans les pensées ? Non, et la raison tient en une phrase. Le mentalisme est un art du spectacle qui emprunte les codes de la voyance sans en revendiquer les pouvoirs. Dès qu'on franchit cette ligne, on ne fait plus le même métier, on entre dans celui que Majax a combattu quinze ans durant.

C'est aussi la différence entre les mentalistes français qui annoncent la couleur et les praticiens qui monnayent une croyance. Le public a parfaitement le droit d'être bluffé ; il a aussi le droit de savoir qu'il assiste à un spectacle. Majax a passé sa carrière à défendre cette seconde partie de la phrase, à une époque où elle était nettement moins consensuelle qu'aujourd'hui.

Cinq signes qui trahissent un faux voyant

C'est la partie utile de son héritage, et elle n'a pas vieilli d'un jour. Voici ce qu'un prestidigitateur repère immédiatement chez quelqu'un qui prétend à des pouvoirs, et que le public n'a aucune raison de connaître.

  • Le refus du protocole. Une personne qui a réellement un pouvoir ne perd rien à le démontrer dans des conditions convenues à l'avance. Celle qui en simule un perd tout. C'est pour ça que les défis restent invaincus : ce n'est jamais l'effet qui manque, c'est l'acceptation des conditions.
  • L'exigence de croire pour que ça marche. « Les ondes négatives bloquent le phénomène » est une clause de sauvegarde. Elle transforme chaque échec en faute du spectateur. Aucun phénomène réel n'a besoin d'une telle clause.
  • La prédiction qui ne devient précise qu'après coup. Un énoncé assez vague pour couvrir dix issues sera toujours vérifié par l'une d'elles. La question à poser est simple : qu'est-ce qui, concrètement, aurait prouvé que c'était faux ?
  • Le tri des réussites. On vous montre trois succès ; personne ne compte les tentatives. Sur un échantillon suffisant, le hasard produit des coïncidences remarquables, et c'est précisément ce qui les rend impressionnantes.
  • L'argent en bout de chaîne. Un spectacle vend un moment. Une escroquerie vend une solution à un problème personnel — un deuil, une rupture, une maladie. La différence n'est pas dans la technique employée, elle est dans ce qu'on vous facture.

Ces cinq points ne servent pas qu'à démasquer : ils décrivent aussi, en creux, ce qu'un mentaliste honnête s'interdit. Je peux produire tous les effets de la liste. Je ne peux simplement pas les vendre pour ce qu'ils ne sont pas. J'ai développé la partie observation dans une page à part, consacrée à la détection du mensonge et à ce que la psychologie permet réellement d'en dire.

Une trentaine de livres, et une méthode

On retient l'homme de télévision, on oublie l'auteur. Il a publié une trentaine d'ouvrages entre 1967 et 2018, répartis entre deux versants qui, chez lui, n'en font qu'un : des manuels d'apprentissage de la prestidigitation d'un côté, des livres de critique des pseudo-sciences de l'autre.

La cohérence est totale quand on y regarde. Apprendre un tour à quelqu'un, c'est lui montrer par l'expérience qu'une impression de miracle peut naître d'un procédé banal. Une fois qu'on a fabriqué soi-même l'illusion, on ne regarde plus jamais un prétendu médium de la même façon. La pédagogie était son arme, pas un supplément d'âme.

C'est aussi ce qui explique la longévité de son nom. Des générations d'enfants ont reçu des boîtes de magie, lu des manuels, appris trois tours — et un certain nombre d'entre eux en ont fait un métier. Demandez à des magiciens français de plus de quarante ans ce qui les a lancés : le nom de Majax revient plus souvent que celui de n'importe quel autre.

Que devient Gérard Majax ?

Il a 83 ans et il n'a jamais complètement quitté la scène publique. Après ses grandes émissions, on l'a vu chaque semaine au Club Dorothée en 1994-1995, où il présentait des tours aux enfants, prolongeant le rôle de passeur qu'il tenait depuis vingt ans. Plus récemment, il est apparu en illusionniste dans la saison 2 d'Astrid et Raphaëlle, en 2021, et il a lancé une boutique en ligne dont une partie des bénéfices est allée aux enfants d'Ukraine.

Il a aussi fait parler de lui pour de moins bonnes raisons : une vente aux enchères de ses accessoires en 2014, et des déclarations sans détour sur le montant de sa retraite. C'est le revers du métier que Garcimore a connu avant lui, et il vaut la peine de le dire plutôt que de le taire : une notoriété télévisée, même immense, ne constitue pas un patrimoine.

Ses distinctions, elles, tiennent en deux lignes : chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en 1987, puis la médaille nationale du Mérite en 1990, remise par François Mitterrand, à la fois pour son art et pour son travail de démystification. Rares sont les magiciens décorés pour avoir dérangé.

Ce que je retiens de Gérard Majax

D'abord une leçon de métier qui va à rebours de l'intuition : expliquer un tour ne détruit pas l'émerveillement, ça le déplace. Quand je montre à quelqu'un le principe d'un tour de cartes facile, il n'est jamais déçu par la simplicité du procédé. Il est stupéfait d'avoir été piégé par si peu. L'admiration change simplement d'objet : elle passe du miracle au travail.

Ensuite une prudence. Ce qu'il a livré à l'antenne, ce sont des principes de base, pas le répertoire de ses confrères. La frontière est là, et elle est nette. Je la tiens de la même façon : on peut tout expliquer d'un tour de salon appris en dix minutes, on ne raconte pas ce qui se passe à trente centimètres d'une table pendant une prestation de close-up.

Enfin, la seule chose qui m'impressionne vraiment chez lui : il a accepté de se fâcher avec sa propre profession pour une raison qui n'avait rien à voir avec sa carrière. Il n'avait rien à y gagner. Des gens crédules se faisaient prendre leur argent avec des techniques qu'il connaissait par cœur, et il a estimé que le savoir l'obligeait. C'est une position morale, pas un positionnement de communication, et elle reste rare.

Questions fréquentes

Qui est Gérard Majax ?

Gérard Majax, de son vrai nom Maurice Faier, est un prestidigitateur, illusionniste et auteur français né le 28 avril 1943 à Nice. Il est l'un des magiciens les plus connus de la télévision française des années 1970 et 1980, notamment grâce à l'émission « Y'a un truc », et il s'est fait connaître au-delà de la magie par son combat contre les charlatans se réclamant du paranormal.

Quel est le vrai nom de Gérard Majax ?

Son nom de naissance est Maurice Faier. Gérard Majax est un nom de scène.

Gérard Majax est-il encore en vie ?

Oui. Né le 28 avril 1943, il a 83 ans en 2026.

Quelles émissions de télévision a-t-il présentées ?

La plus célèbre est « Y'a un truc », où il dévoilait le principe de petits tours. On lui doit aussi « Abracadabra », « Passe-passe », « Magie-surprise », « La caverne d'Abracadabra » et « Magie-Majax ».

Pourquoi Gérard Majax explique-t-il les tours de magie ?

Parce que sa cible n'était pas la magie mais son détournement. Un magicien qui montre comment on fabrique un miracle retire son pouvoir à quiconque prétend en accomplir de vrais. Il n'a jamais dévoilé le répertoire professionnel de ses confrères, mais des principes simples destinés à rendre le public moins crédule.

Que s'est-il passé entre Gérard Majax et Uri Geller ?

En 1987, sur le plateau de l'émission « Droit de réponse », Gérard Majax a contesté publiquement les prétentions paranormales d'Uri Geller, célèbre pour ses cuillères tordues. Il a également animé pendant quinze ans le Défi zététique international, qui promettait une récompense à qui démontrerait un pouvoir paranormal en conditions contrôlées. Personne ne l'a jamais emporté.

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